Une enquête que j'ai menée parmi 80 occidentaux, comprenant des Américains,
Anglais et Canadiens, a révélé qu'environ la moitié d'entre eux croyait que
le végétarisme avait son origine en Inde. Quelques sondés ( 8 % dans chaque
cas ) présumaient que le végétarisme avait son origine au Japon ou en Chine.
Il me semble que la raison pour laquelle les occidentaux associent le végétarisme
avec le Japon ou la Chine tient au Bouddhisme. Ce n'est pas étonnant et en fait
nous pourrions dire que le Japon a fréquemment
été un pays où le végétarisme prévalait.
Gishi-wajin-den, livre historique sur le Japon, écrit en Chine vers le
troisième siècle avant JC, dit : " il n'y a ni bétail, ni chevaux,
ni tigres, ni léopards, ni chèvres et ni pies dans ce pays. Le climat est
doux, et les gens d'ici mangent des végétaux frais également en été comme
en hiver". Il y est dit aussi : "Les gens attrapent les poissons et
les fruits de mer dans l'eau".
Apparemment, les anciens Japonais mangeaient des légumes frais, de même
que du riz et d'autres céréales, comme aliments principaux. Ils consommaient
aussi un peu de poisson et de fruits de mer mais plus que rarement de la viande.
Plusieurs centaines d'années plus tard, le Bouddhisme arriva au Japon et
l'interdiction de chasser et de pêcher se répandit parmi le peuple japonais.
En 676 après JC, l'empereur japonais Tenmu proclama une ordonnance interdisant
de manger du poisson et des fruits de mer, ainsi que la chair animale et la
volaille. En l'an 737, pendant la période Nara, l'empereur Seimu approuva la
consommation de poissons et de fruits de mer. Pendant les 1200 années de la période
Nara jusqu'à la restauration Meiji dans la seconde moitié du 19ème siècle,
les Japonais se contentèrent sans aucun problème de repas de type végétarien.
Ils mangeaient habituellement du riz comme aliment principal, des haricots et
des légumes. C'était seulement lors d'occasions spéciales ou de célébrations
que du poisson était servi. Sous ces conditions, les Japonais développèrent
la cuisine végétarienne, Shojin Ryori (ryori signifie cuisiner ou cuisine), née
au Japon.
Le mot "shojin" est la traduction japonaise du Sanscrit "vyria",
signifiant : "posséder la bonté et éloigner le mal". Les prêtres
bouddhistes du Tendai-shu et du Shingon-shu, dont les fondateurs étudièrent en
Chine au neuvième siècle, avant de fonder leur école respective, ont transmis
les pratiques de cuisine végétarienne des temples chinois strictement en
accord avec les enseignements du Bouddha. Au 13ème siècle, Dogen, fondateur du
Zen Soto, établit formellement Shojin Ryori ou la cuisine végétarienne
japonaise. Dogen étudia et apprit les enseignements Zen à l'étranger, en
Chine, durant la dynastie Sung. Il fixa les règles visant à établir les
habitudes diététiques d'une vie strictement végétarienne comme moyen d'entraîner
la pensée.
L'un des divers impacts que le Zen eut sur les habitudes alimentaires des Japonais se manifesta dans le Sado, cérémonie japonaise du thé. On suppose que Eisai, fondateur du Rinzai-shu, introduisit le thé au Japon et c'est la coutume pour les adeptes du Zen de boire du thé. Les coutumes préservées dans l'enseignement du Zen mènent à une règle systématique appelée Sado. Croyez-le ou non, la Cha-shitsu, pièce où a lieu la cérémonie du thé, est construite de façon à ressembler au Shoin, endroit où se tient le grand prêtre dans un temple Bouddhiste. La nourriture servie pendant la cérémonie du thé est appelée Kaiseki en Japonais, ce qui signifie littéralement : une pierre dans la poitrine. Les moines pratiquant l'ascétisme ont l'habitude de presser des pierres chauffées sur leur poitrine pour supprimer la faim. Aussi le mot Kaiseki lui-même signifie un repas léger servi au Shojin, et les repas Kaiseki ont une grande influence sur la culture alimentaire japonaise.
Les enseignements bouddhistes ne sont pas seuls à l'origine de
l'expansion du végétarisme au Japon. A la fin du 19ème siècle, le Docteur
Gensai Ishizuka publia un livre académique sur une cure alimentaire, dans
lequel il défend la cuisine végétarienne en insistant sur le riz brun et les
légumes. Sa méthode est appelée Seisyoku (Macrobiotique) et est basée sur
l'ancienne philosophie chinoise, tels les principes du Yin et du Yang et du Taoïsme.
Maintenant quelques personnes soutiennent sa méthode pour le bénéfice de la médecine
préventive. Les macrobiotes japonais suggèrent de prendre du riz brun pour la
moitié de la quantité totale absorbée, avec des légumes, des haricots, des
algues et une petite quantité de poisson.
Après la Seconde Guerre Mondiale, le Japon a été grandement influencé
par les idées nutritionnelles introduites des USA et, dans les années
1980, nous expérimentâmes, comme les USA, de sérieux problèmes sociaux avec
le taux élevé de maladies gériatriques résultant de l'hyper-nutrition. La
cuisine des Adventistes du Septième Jour, qui est soutenue par le témoignage
scientifique, commença à attirer l'intérêt. Les Japonais adoptèrent le
style de cuisine adventiste US puis passèrent à un nouveau style de cuisine
japonaise lacto-ovo-végétarienne dans laquelle le riz brun est ajouté aux
corn flakes et au lait.
Ainsi, il y a trois influences végétariennes majeures dans la cuisine
japonaise : Bouddhiste, Seisyoku (Macrobiote) et Adventiste.
Les
Japonais ont commencé à manger de la viande il y a environ 130 ans et
souffrent maintenant de maladies invalidantes causées par la consommation
excessive de graisse animale et les
possibles conséquences hasardeuses de l'utilisation de l'agriculture chimique
et des additifs. Cela les encourage à rechercher une alimentation
saine et naturelle et à adopter de nouveau la cuisine traditionnelle japonaise.
En 1993, l'Association Végétarienne Japonaise (NPO) fut constituée comme résultat
de l'intérêt pour les droits des animaux, pour les sujets environnementaux
mondiaux, la famine dans le Tiers-Monde, et la santé. Les membres de
l'association végétarienne sont passionnés pour affronter ces questions et y
travaillent ardemment tant au Japon que dans le Monde.
--- Mitsuru Kakimoto Président, Association Végétarienne Japonaise
[Department of Environmental Science, Osaka Shin-Ai College, 2-7-30
Furuichi,
Joto-ku, Osaka 536-8585, Japon
Tel. +81-6-939-7391 Fax +81-6-931-0373 E-mail: office@jpvs.org page Web:
http://www.jpvs.org/]
Traduction française de G. Chatras