Interview
de Maître Hatsumi
Juin
1998
par
Bernard Bordas, 10e DAN
Shihan.
ARTS
MARTIAUX ET EFFICACITE
REVELATIONS
D'UN MAITRE INITIE AU NIHON
KAKUTO KOBUJUTSU NINJUTSU
Aujourd'hui
, les arts martiaux
deviennent de plus en plus
figés , leurs formes (KATA)
de plus en plus strictes .
Cependant , lors d'un combat
, des deux combattants ,
c'est celui qui est le plus
fluide , le plus naturel qui
l'emporte.
HATSUMI
Sensei, fondateur du
BUJINKAN , nous explique
pourquoi , dans cette
interview très pertinente :
propos recueillis par
Bernard BORDAS en juin 1998
au Japon.
Bernard
BORDAS : Dans la vie
quotidienne , être figé ou
bien contracté est bien
souvent un signe de manque
de confiance en soi , de
peur ou de ´mal être´ ,
comment des styles de combat
peuvent ils être aussi figés
de nos jours ?
En
a t-il toujours été ainsi
?
HATSUMI
Sensei: Non , bien sur ,
autrefois, l'art martial était
conçu pour être utilisé
et dans cet optique il
faisait partie de la vie intégrante
du BUSHI (guerrier ,
samourai).Comment aurait il
put être figé ?
Bernard
BORDAS : Au Japon les mots
SEIGATSU (vie , existence)
et SHIZEN (nature) sont très
souvent associés , y a t'il
un rapport avec vos propos ?
HATSUMI
Sensei : En effet , ce qui
n'est pas naturel n'est pas
en harmonie avec la vie . La
vie change constamment ,
tout est naturellement évolutif
, rien n'est figé. Dans ce
sens , tout ce qui tend à
se figer n'est pas naturel
et étant contre -nature ,
est voué à disparaître
car stérile.
Bernard
BORDAS : En est-il de même
dans les arts martiaux ?
HATSUMI
Sensei : Oui bien sur , les
styles figés des ´arts
martiaux nouveaux´ créés
après l'ère EDO (en période
de paix) n'ont pas été conçus
pour être utilisés (la
caste des bushi-samourai ,
ayant été abolie) ils
n'ont donc rien à voir avec
l art martial véritable et
traditionnel ´KAKUTO NIHON
KOBUJUTSU´.
Bernard
BORDAS : Même en tant que
style de défense?
HATSUMI
Sensei : Soyons sérieux ,
aucun professionnel du
combat ne voudrait utiliser
ces styles figés (et
figeant) lors de ses
missions de protection ou
autres interventions dans
lesquelles des vies sont en
jeu : Etre figé lors de
telles opérations , revient
à mettre en péril la vie
de ses coéquipiers ou bien
de se faire tuer Dans de
tels cas comme dans beaucoup
d'autre d'ailleurs , notre
survie dépend de notre
mobilité et de notre
capacité à nous adapter .
Rien ne se passe à 100%
comme à l'entraînement .
Survivre dans un vrai combat
nécessite beaucoup de créativité,
il ne suffit pas de
restituer des formes
conventionnellement figées
(KATA);Lorsque j'ai enseigné
aux instructeurs des forces
spéciales (FBI , CIA , SAS)
ceux-ci ont été très
impressionnés par ma façon
de bouger en combat , tant
elle était naturelle et
proche de ce qu'ils
pratiquent lors de leurs ´opérations´.
Bernard
BORDAS : Beaucoup de
professeurs d'arts martiaux
dispensent leur enseignement
comme s'il s'agissait d'une
matière comme une autre ,
sans tenir compte que ce
qu'ils enseignent sur le
tatami , peut devenir
dangereux pour leurs élèves
en dehors du cadre sécuritaire
du dojo: certains
brise-chutes peuvent se révéler
catastrophiques sur un
trottoir , les
immobilisations au sol ne
sont possibles uniquement
que contre un seul
adversaire , etc...Sorti du
contexte de l'entraînement
sportif et éducatif du dojo
beaucoup de techniques
enseignées sont
inapplicables en combat réel.
HATSUMI
Sensei : Oui en effet , les
forces spéciales que j'ai côtoyées
ne s'entraînent pas sur des
tatamis ni dans des dojos .
Ils ont à leur disposition
des répliques exactes de
rues , d'immeubles et
d'appartements équipés.
Pour ces vrais
professionnels , l'art du
combat n'est pas un sport ni
un business , c'est la vie
de tous les jours: Ils n'ont
rien à gagner , rien à
vendre, l'art martial
retrouve ici sa vraie
signification : celle de
protéger et de sauver des
vies .
Bernard
BORDAS : J'ai connu des étudiants
universitaires qui se
sentaient si bien protégés
de la vie réelle dans leur
complexe universitaire ,
(restaurant , gymnase ,
logement , salles d'étude)
qu'ils n'aspiraient plus à
exercer le métier objet de
leurs études , mais préféraient
devenir enseignant . Ils ne
voulaient plus sortir de
leur cocon pour affronter la
vie. Dans les arts martiaux´,
on peut observer le même
comportement : certains élèves
se trouvent protégés dans
la structure exotique et
anachronique du dojo (un
monde à part) et aimeraient
ne plus en sortir .Très
vite ces personnes ´décalées´
désirent à leur tour
devenir SENSEI , celui que
l'on respecte parce qu'il
nous restitue un savoir .
C'est la mort de l'art
martial , car ce dernier est
cantonné à n'être qu'un
produit de consommation et
son rôle initial de
protection se limite à
assurer le salaire du
professeur (vendeur de kata).
HATSUMI
Sensei : Je comprend ce que
vous voulez dire: En
occident il existe un réel
décalage entre la vie et le
dojo . Cela n'existe pas
chez nous , au Japon , car
le Budo et le Dojo font
partie de notre culture et
ne nous sont donc pas
exotiques .
Traditionnellement , le Dojo
est l'endroit où l'on
pratique la voie afin de
trouver l'éveil ;aussi ,
cela doit être partout . De
même , les entraînements
doivent aussi se dérouler
en pleine nature et la
pratique ne doit pas se
limiter aux heures
d’ouverture du
dojo.Cessons nous de vivre
en dehors des heures de
cours ? J'ai eu la chance de
rencontrer TAKAMATSU Sensei
et de devenir son élève :
TAKAMATSU Sensei n'exerçait
pas le métier de professeur
d'arts martiaux, (il tenait
une petite maison de thé à
KASHIHARA-SHI dans la
banlieue de NARA ) ,
cependant , pendant les 10
ans qu' il passa en Chine,
il fut le garde du corps de
POU HI ( le dernier empereur
) . Il à du faire face à
nombreuses reprises à des
adversaires armés et déterminés
et utiliser alors ce qu'il
avait appris de ses maîtres
Ninjas . Même âgé de
80ans TAKAMATSU était d'une
efficacité redoutable ,
malgré sa petite taille et
son poids léger . Il
n'utilisait ni la force ni
la rapidité que l'on perd
tous deux avec l'âge et
pourtant il était littéralement
terrifiant, entre ses mains
je n'étais qu'un insecte ,
tout « Maître »
d'arts martiaux modernes que
j'étais , lorsque je l'ai
rencontré .Un art martial
qui ne privilégie que la
puissance musculaire et la
rapidité de mouvement ne
peut être qu'un passe
temps, un défouloir pour
jeunes sportifs. Ceux-ci
devront arrêter la pratique
avec le temps, car ils
perdront leur efficacité en
prenant de l'âge, (peut être
, alors , enseigneront ils ?
)Ce que je vous enseigne ici
, vous pourrez le pratiquer
jusqu'à la fin de votre vie
. TAKAMATSU Sensei s'entraînait
régulièrement sans problème
, jusqu'à l'âge de 80ans .
Bernard
BORDAS : Beaucoup de
pratiquants doivent
abandonner l'entraînement
à cause d'arthrite ou
d'arthrose survenue suite à
un entraînement ´non
naturel´ de leurs
articulations et de leur
corps en général. Que dire
aussi des épaules et genoux
démis définitivement lors
de longs affrontements
sportifs ? (le spectacle coûte
cher à l'artiste, dans ce
cas ....) .C'est une grande
chance pour moi de vous
avoir rencontré, car mes
genoux et mes coudes commençaient
à me faire souffrir après
plus de 20 années passées
à donner des coups dans le
vide.
HATSUMI
Sensei : Dans la vie , tout
s'écoule naturellement ,
rien n'est saccadé. Dans
certains styles de combat
les pratiquants exécutant
leurs kata semblent sortir
d'un film muet du début du
siècle dans lesquels les
images sautaient d'un
mouvement à l'autre. Est ce
une façon naturelle de
bouger ? Si vous marchiez
ainsi dans la rue vous ne
manqueriez pas de vous faire
remarquer, (et ce n'est
certainement pas le but dans
le BUDO) .
Bernard
BORDAS : L'énergie (le ki)
circule plus librement dans
un corps fluide et décontracté
, bloquer son corps de cette
manière n'est ce pas
contrarier le flux des énergies
internes ?
HATSUMI
Sensei : Oui absolument , ce
qui n'est pas naturel nous
rend malade , à la longue ;
(au Japon le mot ´maladie´
se dit ´BYOKI´ et se
compose des idéogrammes
signifiant: ´désordre ,
dysharmonie´ pour BYO et
´énergie vitale, esprit´
pour KI .Dans la chine
ancienne , ces mêmes mots
associés se lisaient : ´la
honte dans la maison´ et
signifiaient aussi ´maladie´.....)
.
Bernard
BORDAS : Qu'en est il de l
ëavenir des budo dans le
monde ?
HATSUMI
Sensei : Actuellement ,au
Japon comme ailleurs , les
styles figés ou trop
stricts ont tendance à
disparaître . Les gens préfèrent
pratiquer des sports de
combat dans lesquels ils
peuvent s'exprimer plus
librement ( luttes , free
fight etc. ).Les Japonais
n'ont plus de temps à
accorder à ce qui ne sert
pas leur vie quotidienne ,
leur travail ou leur famille
. Moins de 1% des Japonais
pratiquent les arts
martiaux. Les jeunes préfèrent
le foot ball ou le base ball
pour développer l'esprit d'équipe
, et les autres choisissent
le golf pour le standing et
la concentration . D'ici
quelques années , plus
personnes ne s'intéressera
au BUDO au Japon hormis les
étrangers .Et ceci est très
grave car les occidentaux
aimant bien les formes (
plus faciles à codifier que
le´feeling´), les
professeurs d'arts martiaux
ont tendance à créer des
katas de plus en plus de
formalistes et exotiques
pour satisfaire leurs
clients/élèves étrangers.
Tout cela devient de plus en
plus du commerce et du
spectacle , où l'art
martial véritable et complètement
oublié, (voire
volontairement ignoré car
non rentable). La majorité
des non-Japonais ont découvert
ce qu'ils croient être les
arts martiaux aux travers
des films (le plus souvent
américains) aussi espèrent'
ils retrouver dans les dojos
ce qu'ils ont vu au cinéma
.Et bien souvent le
professeur , très
consciencieusement , s'
adapte pour conserver sa
clientèle...
Bernard
BORDAS : Les étrangers
viennent au Japon pour
pratiquer l'art véritable
et on leur sert des katas
codifiés spécialement pour
être à leur portée , ils
ont donc été mystifiés
depuis toujours.
HATSUMI
Sensei : Les étrangers ont
une image caricaturale du
Japon et du BUDO: beaucoup
ont découvert les Samouraï
et le Bushido dans le roman
américain « shogun ».Ce
que la plupart ignore c'est
que le livre « bushido »
à été écrit par Inazo
NITOBE , (un universitaire )
en 1899 , soit 32ans après
la disparition des derniers
Samouraï ; de plus cet
ouvrage fut écrit à partir
d'un roman épique
comprenant 11 volumes (Hagakure
Kikigaki) écrit à la
gloire des guerriers
quelques 150 ans plus tôt,
par le moine Yamamoto
Tsunetomo . Cet ouvrage , prône
tout au long de ses
histoires , l'idée que ´la
voie du guerrier est la mort´.
Avant d'être un moine ,
Yamamoto Tsunetomo servit le
clan Nabeshima au département
des écritures, et n'eut
jamais de vraies expériences
du combat ni ne fut maître
d'arts martiaux. Comme vous
le voyez , ni le livre ´BUSHIDO
, la voie du SAMOURAI´, ni
son inspirateur ´HAGAKURE
KIKIGAKI , notes recueillies
à l'ombre des feuilles´,
ne furent écrits par des
guerriers , mais bel et bien
par des intellectuels rêveurs
et nostalgiques , durant une
période de paix , et n'ont
rien à voir avec l'essence
du BUDO .Ce sont donc ces
images d'Epinal d'un autre
temps et d'un autre monde
qui attirent les pratiquants
dans notre pays . Aussi vous
comprenez maintenant
pourquoi la plupart des
Sensei , (ultra
nationalistes et ultra
conservateur), leur vendent
ce qu'ils sont finalement
venu chercher : des images
de cartes postales aux
senteurs exotiques, c'est à
dire : du folklore oriental
.
Bernard
BORDAS : L'art véritable
est il si compliqué pour
nous occidentaux ?
HATSUMI
Sensei : Non , bien au
contraire. Comme vous l'avez
très bien compris , l'art véritable
est tellement naturel que
l'on ne peut pas en faire un
business ,il est en chacun
de nous ( instinct de survie
? ) . D'ailleurs , pour ma
part , je n'enseigne pas de
techniques à mes élèves ,
je rend seulement leurs
mouvements plus simples leur
attitude plus fluide , ou si
vous préférez, je corrige
ce qui n'est pas naturel
dans leur comportement .
Dans ce sens, je les protège
de la rigidité.
Bernard
BORDAS : Vous corrigez leurs
points faibles en quelque
sorte;
HATSUMI
Sensei : Oui , je remet en
place ce qui doit l'être :
j'ai été chiropracteur
pendant plus de 30 ans et je
n'ai rien fait d'autre que
de remettre à sa place ce
qui ne l'était plus.
Bernard
BORDAS : Cependant vous
transmettez tout de même la
pratique ancestrale de 9
différentes écoles
traditionnelles de Bujutsu
et de Nin jutsu dans le
Bujinkan..
HATSUMI
Sensei : Oui bien sur et
c'est à travers la pratique
de celles ci , que je peux
rendre mes élèves plus
efficaces dans la vie de
tous les jours: la tradition
dans les arts martiaux , à
toujours été d'évoluer ,
de s'adapter à l'époque à
laquelle ils étaient
pratiqués afin d'être plus
efficaces et plus ´pratiques´:lorsque
les armes à feu (arquebuses
et pistolets amenés par les
portugais et les hollandais
,vers 1540) ont fait leur
apparition sur les champs de
batailles au Japon , les
armures (yoroi kabuto )
furent conçues de manière
plus solide afin de résister
aux tirs de ces nouvelles
armes (dont l'utilisation était
considérée par les
guerriers conservateurs
comme un déshonneur et une
lâcheté sans pareil ). Les
armures ayant évoluées
,certaines écoles eurent
l'intelligence de modifier
leurs techniques de combat
et de rendre leurs armes
plus performantes ; ainsi le
sabre de l'école SHINDEN
FUDO est il plus long et
plus épais qu'un katana
standard ; de la même façon
, les techniques des écoles
s'adaptaient à la région où
elles étaient développées
(géographie et nature du
terrain ) . Il est clair que
l'on ne se bat pas de la même
façon dans une rizière
boueuse , sur une pente
escarpée d'une montagne
graniteuse , sur le bord
d'une plage sablonneuse ,
dans une forêt de bambous
ou à l'intérieur d'une
maison .L'école KUKISHIN
DEN contient des kamae (
postures de garde ) très
stables et très basses:
cela vient du fait qu'une
des nombreuses origines des
techniques de ce « ryu »
provient de la marine de
guerre (kuki suigun ) et
lors d'une bataille sur un
navire , la stabilité est
primordiale .
Bernard
BORDAS : Peu de gens savent
qu'il existe une multitude
de différents modèles de
sabre selon les époques et
les clans ;les Ninjas eux même
avaient leur propre type de
sabre , le Ninjato .
HATSUMI
Sensei : En effet , le sabre
de l'école de Ninjutsu
TOGAKURE est plus court
qu'un sabre standard
d'environ un tiers ; cela
lui permettait d'être dégainé
de la main droite comme de
la main gauche tout en étant
porté comme un sabre
traditionnel .De plus les
agents de renseignements (
Ninja ) devaient pouvoir se
faufiler partout (pour
espionner ) et pouvoir dégainer
et se battre sur place s'ils
ne pouvaient s'enfuir une
fois découvert. Et pour
livrer un combat sous des
combles par exemple , mieux
vaut utiliser un sabre à
lame courte .
Bernard
BORDAS : Les styles
traditionnels ne sont donc
pas figés comme on aurait
tendance à le croire en
occident ?
HATSUMI
Sensei : Non pas du tout ,
la tradition est de vaincre
, de survivre , pour cela il
faut sans cesse s'adapter :
seul le ´FEELING´ propre
à chaque école reste
intact car c'est l'essence
du RYU . Et ce sont les
essences des 9 écoles du
BUJINKAN que je vous
transmet aujourd'hui qui
font notre richesse et notre
efficacité .
Bernard
BORDAS : Mais aujourd'hui ,
plus personne ne se sert de
sabres ni de lances sur un
champ de bataille (lors d'un
conflit armé ) .
HATSUMI
Sensei : Bien sur, mais
quelque soit l'arme que vous
utilisez pour vous protéger
, c'est l'esprit du
combattant qui est important
pour survivre et vaincre :
si vous avez une mauvaise
estimation de la distance ,
un mauvais contrôle de
votre souffle (de vos émotions
) ou de votre équilibre ,
sur un champ de bataille ou
ailleurs , avec une arme ,
un véhicule , ou un outil ,
c'est du pareil au même ;
les conditions changent mais
vos points faibles restent
les mêmes , et on tombe
toujours du coté où l'on
penche....
Bernard
BORDAS : En fait vous
enseignez surtout une
attitude mentale (GOKORO
GAMAE); comme FUDOSHIN
(garder la tête froide) ou
BUFU IKKAN (rester vigilant)
par exemple .
HATSUMI
Sensei : Je corrige ce qui
est erroné dans l'esprit de
mes élèves afin qu'ils ne
se trompent pas de voie .
Bernard
BORDAS : Vu la conception
occidentale du budo beaucoup
de pratiquants font encore
fausse route ; Nous
cherchons une réponse à
nos problème du coté de
l'orient au lieu de la
chercher en nous même. De là
vient notre besoin
d'exotisme....
HATSUMI
Sensei : Mais partout dans
le monde, les arbres
poussent vers le ciel , la
pluie tombe vers le sol .
Les lois universelles régissent
la nature en orient comme en
occident et ceux qui sont en
harmonie avec celles ci
,sont en harmonie avec la
Vie ( ce qui est ).
Bernard
BORDAS : Peut on affirmer
que le BUDO c'est la vie ?
HATSUMI
Sensei : BUDO , dans le sens
de retrouver une protection
naturelle, oui en effet,
mais pas dans le sens
d'utiliser les budo pour
faire du business, de vivre
sur le budo.
Bernard
BORDAS : Il est préférable
de dire alors , que le BUDO
n'est pas différent de la
vie .
HATSUMI
Sensei : Oui , c'est mieux
ainsi . On peut dire aussi ,
qu'il est naturel d'être
vigilant .
Bernard
BORDAS : C'est le principe
de ´BUFU IKKAN´, n'est ce
pas ?
HATSUMI
Sensei : Oui , c'est cela .
Bernard
BORDAS : Sensei , avez vous
un conseil particulier à
transmettre aux BUDOKA ?
HATSUMI
Sensei : Vouloir à tout
prix reproduire une forme ,
c'est en être prisonnier :
la forme tue le KI, la créativité
et la spontanéité .
Pratiquer un art martial ,
c'est devenir de plus en
plus souple (JU) et donc être
de plus en plus capable de
s'adapter à n'importe
quelle situation . De nos
jours , les gens sont de
plus en plus prisonniers des
formes , du confort et des
modes . Il ne faut pas
donner de l'importance à
tout ceci , (être détaché,
garder ses distances). Dans
le cas contraire , le corps
et l'esprit deviennent
rigides , c'est très
dangereux , ce n'est pas une
voie naturelle . Les gens
rigides deviennent obtus , têtus
et finissent leur vie dans
la solitude .
Bernard
BORDAS : Ils sont trop YANG
et rejettent toute opinion
différente de la leur,
c'est pour cela qu'ils
perdent leurs relations,
n'est ce pas ?
HATSUMI
Sensei : Oui , c'est cela ,
devenir souple c'est être
en accord avec la nature :
les animaux sont souples ,
ils ne se compliquent pas la
vie , ils l'acceptent telle
qu'elle est.
C´est
très intéressant, cela
reflète l'idée de ´SHIKIN
HARAMITSU DAIKOMYO´.
Bernard
BORDAS : Pouvez vous nous en
dire plus à ce sujet ?
HATSUMI
Sensei : SHIKIN signifie :
l'Existence , la Vie (Ce qui
EST) ....
HARAMITSU
: nous interpelle sur l'idée
globale de protection ,
(savoir se protéger) : pour
cela il est très important
de choisir une voie sincère
(MAKOTO NO MICHI) ;
cependant il ne suffit pas
que vous pensiez que la voie
que vous avez choisie est
juste , il faut qu'elle soit
naturellement juste , c'est
cela MAKOTO NO MICHI . Aussi
important est le fait de
savoir donner. La nature
donne sans compter et sans
rien attendre en retour. Il
faut vivre naturellement ;
TAKAMATSU Sensei s'est
efforcé tout au long de sa
vie, à vivre de façon
simple et naturelle,
(nourriture , hygiène ,
exercice).
De
nos jours , beaucoup de
personnes pratiquent les
budo en suivant une mauvaise
voie, (ils se forcent à être
´rigides´ , cela leur
donne un sentiment de ´puissance´).
Vous devez respecter la
nature, vivre en harmonie
avec elle et rester à son
contact , c'est cela la voie
juste : être en harmonie
avec la vie . Accepter ce
qui est comme faisant partie
intégrante de la Vie ,
c'est cela ´vivre
naturellement´.
DAIKOMYO,
signifie qu'il faut toujours
garder une lumière intense
au milieu de l'obscurité ,
(garder la Foi dans les
pires épreuves). Lorsque je
fais des vidéos , c'est
tout cela que j'essaie de
transmettre. C'est cela mon
enseignement, mais beaucoup
ne comprennent pas. Si l'on
vous enseigne autre chose
que ceci en mon nom , alors
ce n'est pas de mon
enseignement qu'il s'agit.
Certaines personnes
utilisent le nom du BUJINKAN
sans me connaître ni connaître
tout ceci , c'est une grande
honte , car ils trompent
leurs élèves. De plus ne
connaissant pas la véritable
pratique (bienfaisante) du
BUDO, ces personnes sont
dangereuses pour tous ceux
qui leur donnent leur
confiance.
Bernard
BORDAS : De tels ´personnages´
sont très limités et sont
vite dépassés par leurs élèves
.
HATSUMI
Sensei : Si leurs élèves
viennent ici, ou bien
s'entraînent avec vous ,
ils deviendront meilleurs
que leurs professeurs en un
mois d'entraînement dans le
véritable feeling du BUDO .
Bernard
BORDAS : ´un pas dans la
bonne direction , vaut mieux
que mille dans la mauvaise´.
HATSUMI
Sensei : Oui , c'est cela ,
c'est une chance pour
l'Europe que vous veniez
chaque année pendant un
mois au Japon depuis bientôt
10 ans , vous imprégner du
´feeling´ évolutif du
BUJINKAN : Ceux qui ne
viennent pas ne savent rien
...
Bernard
BORDAS : De tout temps , il
y à eu des faussaires dans
bien des domaines . Beaucoup
s'imaginent encore que le
BUJINKAN BUDO NINJUTSU est
un art martial comme un
autre dont on peut utiliser
le nom . Dans la plupart des
autres styles , les
fondateurs ont disparu
depuis bien longtemps et
n'importe qui utilise leur
nom et celui de leur école
, sans que l'on puisse vérifier
si la pratique et
l'enseignement de ces
personnes est juste ou non.
En
tant que fondateur du
BUJINKAN , vous êtes à même
de surveiller ceux qui se
servent de la renommée de
votre école .
HATSUMI
Sensei : Quoi que l'on
enseigne, si on est un
professeur sincère et
efficace , les élèves
viendront à nous. Il n'est
pas besoin d'utiliser un nom
connu. Je ne suis pas étonné
que plus d'une dizaine de
dojo vous suivent et vous
font confiance, car vous êtes
authentique et généreux.
Je suis sur que si vous créiez
votre propre style vous
auriez autant d'élèves. Je
vous l'ai déjà dit
auparavant, car votre style
est naturel et sans forme
aucune, comme le mien .
Bernard
BORDAS : Si vous le
permettez, je pense à tous
ces élèves abusés par les
professeurs se réclamant de
votre enseignement .
Beaucoup d'entre eux
cherchent vraiment ce qui
leur arrive: je les entend déclarer
: ´je me suis inscrit dans
ce dojo car je n'ai rien
trouvé de plus près de mon
domicile´. C'est vraiment
incroyable, pour ma part, je
m´entraîne à 20 000 KM de
mon domicile en venant ici.
Je pense que l'on à le
professeur que l'on mérite
, à la mesure de nos
sacrifices et de nos
efforts.
HATSUMI
Sensei : Je faisais 800 KM,
les week end pour aller
m'entraîner chez mon
professeur TAKAMATSU Sensei,
et cela ,pendant 15 ans. Les
élèves dont vous parlez ne
sont pas vraiment motivés .
Ces gens là ne veulent pas
pratiquer l'art martial mais
recherchent plutôt une
activité physique
quelconque .
A
ceux ci , je donne ce
conseil :
si
vous voulez pratiquer un
sport pour vous défouler,
faites du foot ball ou du
squash;
si
vous cherchez seulement à
transpirer, faites du
footing ou bien allez au
sauna;
si
vous préférez plutôt développer
votre musculature ,
pratiquez les poids et haltères
mais surtout ne pratiquez
pas les budo dans l'espoir
d'obtenir un de ces effets,
car le BUDO n'est pas un
sport et il a d´autres buts
bien plus nobles que ceux
ci. Aussi , pour pouvoir
progresser, entraînez vous
avec ceux qui viennent
s'entraîner avec moi au
Japon sinon il ne faudra pas
s'étonner si lors d'une
agression, vous avez un
membre blessé ou cassé ou
bien pire encore .
Bernard
BORDAS : Avant de vous connaître,
lorsque je pratiquais les
arts martiaux nouveaux (post
EDO) j'ai connu beaucoup de
camarades de dojo qui
avaient été les ´victimes´
de reflexes acquis durant
les entraînements :
-Un
d'entre eux avait eu l'avant
bras cassé par un
automobiliste , qui après
une course poursuite terminée
sur le bord de la route par
une ´queue de poisson´, était
descendu de son véhicule ,
marteau à la main et avait
agressé mon malheureux ami
. Ce dernier avait ´paré´
le coup de marteau, d´un
JODAN AGE UKE techniquement
parfait ....Mais conçu pour
bloquer une attaque à main
nue.
-Un
autre de mes malchanceux ´collègues´
s'est cassé le coccyx en
voulant effectuer un MAEGERI
KEAGE JODAN (coup de pied
avant , fouetté au visage)
à un bagarreur de rue, lors
d'une rixe à la terrasse
d'un café : le bagarreur n'étant
pas assez stupide pour
bloquer l'attaque fulgurante
de ce ´budoka´, il a tout
simplement esquivé le coup
d'un léger retrait du
buste. Le fan de Bruce LEE,
emporté par son élan,
s'affala sur le trottoir en
s'y brisant le fondement..
Je
ne parle ici uniquement que
des cas les moins
dramatiques. ´Les urgences
des hôpitaux reçoivent
trop fréquemment des
enfants s'étant cassé le
poignet ou l'avant bras en
effectuant une chute claquée
apprise dans un dojo et
effectuée dans une cour d'école
ou bien sur le bord du
trottoir en tombant de vélo´,
me confia récemment un ami
radiologue.
HATSUMI
Sensei : Si ces enfants
n'avaient pas été
conditionnés par ces réflexes
acquis lors d'entraînement
d'arts martiaux sportifs, la
fluidité qui est en eux
n'aurait pas été bloquée.
Et ils auraient
naturellement roulé au sol
et ainsi sauvegardé leur
intégrité physique. Au
Japon , dans la police,
l'entraînement obligatoire
est le KENDO et le JUJITSU
´moderne´. Mais cela ne
sert à rien lors d'une
interpellation dans
escaliers du métro, sur un
parking ou dans un train : Régulièrement
des policiers se font tuer
ou bien blesser en voulant
maîtriser des individus
ivres et armés seulement
d'un couteau, dans des lieux
publics. Peu de gens savent
cela, mais les Japonais eux
même, ignorent la pratique
du BUDO d'avant l'époque
MEIJI ...
Bernard
BORDAS : Vous avez créé un
règlement international
authentifiant les membres de
votre organisation, et
sanctionnant ceux ci par des
cartes de membre et des diplômes
originaux. Afin d'éviter
toute déviation et toute
contrefaçon, il est facile
de vérifier si tel élève
ou tel professeur suit bel
et bien votre enseignement
en vérifiant s´il possède
sa carte annuelle de membre
ainsi que ses diplômes de
grade ou le certificat ´SHIDOSHI
MENKYO´ l'autorisant à
enseigner en votre nom. Tout
ceci nonobstant le fait que
tout professeur reçoit son
enseignement d'un SHIHAN désigné
par vos soins.
HATSUMI
Sensei : En effet , j'ai mis
au point ce règlement afin
de protéger l'authenticité
dans l'enseignement du
BUJINKAN et ainsi
sauvegarder sa réputation.
J'ai renvoyé beaucoup de
professeurs hauts gradés
qui ne suivaient pas ce règlement.
Dernièrement , un
professeur Espagnol que vous
connaissez bien, a voulu
revenir parmi nous, mais
j'ai refusé. N'hésitez pas
à faire de même dans votre
pays, il faut être droit
pour mériter sa place au
sein du BUJINKAN.
Heureusement, les meilleurs
élèves de ces intrigants
conspirateurs, viennent au
Japon rechercher
l'authenticité et
surpassent alors de loin
leurs anciens professeurs.
C'est ainsi que vous êtes
venu à moi , et j'en suis
très heureux. C'est une
grande chance pour l'Europe
.
Bernard
BORDAS : Je pense qu'il faut
toujours chercher la vérité,
même si certains média ne
nous aident pas du tout,
bien au contraire. Connaître
cette vérité, est une très
grande force, et la suivre
c'est suivre MAKOTO NO MICHI.
Avant de vous connaître, je
n'arrivais pas à me
contenter de reproduire des
kata exotiques et ´stérilisés´,
lorsqu'une évidence me vint
à l'esprit : pendant
l'occupation américaine du
Japon, (´officiellement´
de 1945 à 1952), la
pratique des arts martiaux
et autres systèmes de
combat était interdite. Ce
fut grâce à l'intervention
de Donn DRAEGER auprès de
MAC HARTUR, que fut autorisé
la pratique du combat à
mains nues (escrime de
poings ), d'origine
Chinoise, développée à l'île
d' OKINAWA et transformée
pour l´armée en un système
disciplinaire très figé,
enfantant des commandos
suicide. Etant déjà adaptée
à l'éducation militaire,
cette méthode de combat eu
un grand succès auprès de
l'armée d'occupation.
Cependant, ce style
Sino-Japonais, privilégiant
l'exécution à l'adaptation
, la création et la spontanéité
naturelle du pratiquant,
n'avait aucun rapport avec
les KAKUTO BUGEI
traditionnels conçus pour
les Samurai et applicables
sur les champs de batailles.
HATSUMI
Sensei : Oui , en effet , c'était
une ´drôle´ d'époque ...
Plus
un gouvernement est rigide ,
et plus les institutions le
sont aussi. Le peuple soumis
se contente d'obéir aveuglément.
Bernard
BORDAS : La part de divin
qui est en nous, fait de
nous des créateurs. Lorsque
cette créativité est étouffée,
il ne reste de nous, rien de
plus que des cobayes de
laboratoires politiques, obéissants
et prévisibles. Ce qui
rassure les institutions en
place, mais empêche
l'humanité de progresser.
Les créateurs sont souvent
ceux qui mettent en doute
l'infaillibilité d'un système
en cherchant à améliorer
ce dernier .
HATSUMI
Sensei : Celui qui a su
apprivoiser le feu, a changé
l'histoire de l'humanité; découlant
de cette première évolution,
la vapeur put être
apprivoisée , puis l'électricité
etc ....L'évolution, c'est
le changement. Ceux qui ne
veulent pas évoluer n'ont
pas le droit de se plaindre
d'un système puisqu'ils ne
font rien pour le changer .
Bernard
BORDAS : Sensei , pouvez
vous nous parler de l'esprit
´SANSHIN´, les 3 grands
principes fondamentaux qui
sont la base du BUDO :
s'agit il de la distance, du
contrôle et de la direction
?
HATSUMI
Sensei : Au début, c'est
cela, puis une fois acquis
cette base, il faut passer
au niveau supérieur :
SANSHIN signifie alors :
Le
KYOJITSU (la ruse stratégique)
Le
déséquilibre (la recherche
du point faible chez
l'adversaire)
L'invisibilité
(la non utilisation de sa
propre force , mais de celle
de l'adversaire et de
l'environnement) .
Bernard
BORDAS : Cela signifie bien
que dans chacune des
techniques que nous
utilisons au BUJINKAN, nous
devons utiliser notre poids
de corps, la feinte, et la
force de l'adversaire pour
le déséquilibrer, le maîtriser
ou se défaire de sa saisie.
HATSUMI
Sensei : Oui, cela se résume
à devenir invisible aux
yeux de l'adversaire.
Vous
qui possédez une armure de
l'époque EDO vous pourrez
vous en servir pour
expliquer aux européens, la
raison d'utiliser telle
technique ou bien telle
autre avec l'esprit SANSHIN
sur un adversaire en armure
de guerre, et équipé pour
le champ de bataille.
Beaucoup
ont oublié ou bien ignorent
totalement le fait que les
techniques de combat utilisées
dans les arts martiaux, ont
été créées dans le but
bien précis, d'être utilisées
sur des adversaires armés
et sachant se battre. On
n'utilise pas de MAWASHI
GERI sur un SAMOURAI en
armure de guerre et armé
jusqu'aux dents : Ceux qui
croient cela sont réellement
fous et dangereux pour eux-mêmes.
L'armure
a bien sur ses points
faibles et les techniques de
KOSSHI JUTSU (piques sur les
nerfs) , et de KOPPO JUTSU
(utilisation de l'onde de
choc pour atteindre le ´coeur´
de l'os) que nous utilisons
à l'entraînement , peuvent
être utilisées pour
frapper à mains nues
lorsque nous nous trouvons désarmés
lors d'un affrontemen; mais
on ne part jamais sur un
champ de bataille sans armes
et sans protections, pieds
et poings nus, ce serait du
suicide ou de la folie, rien
de plus .
Depuis
que j'écris des articles
dans le magazine d'art
martiaux « HIDEN BUDO
& BUJUTSU »,
(enseignements secrets dans
les arts et techniques de
combat), beaucoup de
professeurs m'écrivent de
tout le Japon pour me
remercier de leur dévoiler
le sens profond du BUDO resté
caché depuis longtemps. Les
arts martiaux traditionnels
n'étant plus enseignés au
Japon depuis 1867, c'est une
grande révélation pour
beaucoup.
Bernard
BORDAS . Je vous remercie
pour toutes vos réponses à
mes nombreuses questions.
J'essaierai de transmettre
au plus juste en traduisant
au plus près. C'est une
grande chance pour moi d'être
votre élève depuis tant
d'année, et j'espère que
beaucoup comprendront le
sens profond de vos propos
et auront le courage d'évoluer.
A ceux qui liront ces lignes
et auront ainsi passé un
moment en votre compagnie,
je leur citerai une phrase
merveilleuse d' Antoine de
Saint- Exupery : « Nous
méritons toutes nos
rencontres , elles sont
accordées à notre destinée
et ont une signification
qu'il appartient à chacun
de découvrir »
HATSUMI
Sensei : S'il vous plaît,
soyez un guide pour les gens
de bonne volonté, pour les
chercheurs sincères mais
surtout ne perdez pas de
temps à convaincre ceux qui
préfèrent rester à l'abri
de leurs illusions ...
Bernard
BORDAS : Je ferai de mon
mieux, et si une seule
personne en Europe commence
à entrevoir le sens profond
du KAKUTO NIHON KOBUJUTSU
NINJUTSU alors cet art
ancestral surgira du passé
pour nous enseigner ce qui
nous manque le plus dans le
domaine des arts martiaux :
la sincérité avec soi-même
ainsi que les réponses à
beaucoup de questions ....