MAITRE CHAN ( réflexion sur les arts martiaux )

 

Maître Chan mène une vie simple, mais bien rem­plie. Il habite au rez-de-chaussée d’un immeuble, en bordure de la rue principale de Kowloon. Derrière se trouve le petit dispensaire de maître Chan qui, en plus d’être maître de Hung kuen, une forme de kung-fu dans le style Shaolin du Sud, est aussi méde­cin. Maître Chan soigne les contusions, les disloca­tions et les fractures. Il n’utilise ni l’acupuncture ni les plantes médicinales, mais soigne surtout ses malades avec des cataplasmes. Les fractures simples paraissent guérir très vite grâce à ses soins.

A côté du dispensaire est installé le gymnase, de dimensions bien modestes par comparaison à ce qu’on peut voir dans d’autres pays. Mais le terrain coûte très cher à Hong Kong, plus cher que partout au monde. Enfin, le gymnase ne se trouve qu’à quelques pas du dispensaire, ce qui lui permet de bien suivre les progrès des étudiants.

Maître Chan nous raconte ses débuts à Hong Kong

“Je suis arrivé à Hong Kong à l’âge de douze ans. en 1923. Mon frère travaillait dans une école située Kennedy Road. Moi, je gagnais ma vie dans une petite gargote en plein air, dans le quartier de St Joseph’s College. J’ai appris les arts martiaux à l’école de Lam Sai-wing, dans le centre. Il m’a fallu trois mois pour apprendre la première position, celle du tigre. Comme je n’apprenais pas vite, je m’exerçais tous les soirs de 7 heures jusqu’à minuit et je me levais à 4 heures du matin le lendemain pour pratiquer encore. Au bout de six mois, j’ai commencé à m’améliorer, et mon intérêt est devenu très vif. Je pratiquais pendant cinq heures tous les soirs. Il faut absolument avoir de la discipline et de l’initiative vous ne pouvez vous contenter de vous entraîner simplement lorsque votre maître vous dit de le faire.

Maître Chan nous parle ensuite des origines du kung-fu

La plupart des arts martiaux sont originaires du temple de Shaolin. Les moines du temple adaptaient leur enseignement à votre physique. Si vous n’étiez pas robuste, ils vous enseignaient des exercices qui ne demandaient pas trop de force. Par contre, si vous étiez fort, ils vous apprenaient alors des exercices de puissance.

Hung kuen, notre école, a été créée par notre père fondateur Hung Hsi-kuan qui a appris son art des moines de Shaolin. On l’appelle Hung kuen, parce que le fondateur s’appelait Hung. C’était un homme très fort. Il avait cependant pour règle qu’il ne faut pas apprendre les arts martiaux pour intimider les autres, mais uniquement pour développer son corps et apprendre à se défendre. Ainsi, l’élève apprend l’humilité. Comme les gens qui apprennent les arts martiaux doivent être sûrs que leurs adversaires sont de même force qu’eux, ils doivent se garder de se battre au moindre prétexte. D’ailleurs, avant que quelqu’un puisse apprendre le Hung kuen, on pro­cède à une enquête sur lui ou sur sa famille, sur sa profession, pour savoir qui il est vraiment. Nous n acceptons pas les étudiants qui n’ont pas une bonne moralité. ”

Maître Chan est l’un de ces nombreux maîtres de Hong Kong qui ne sont pas très heureux de la situation actuelle, car il a parfaitement conscience des problèmes qui se posent

«  De mon temps, les élèves étaient plus obéissants envers leur maître qu’envers leurs parents, ce qui nous rendait la tâche plus facile. Par exemple, le maître pouvait dire à ses élèves de pratiquer pen­dant des heures d’affilée sans qu’ils se plaignent. Mais tout cela a récemment changé. Nous ne som­mes plus des maîtres, mais des professeurs. L’élève ne respecte plus son maître une fois qu’il l’a payé, il se croit quitte et veut en avoir pour son argent. Avec cette attitude, un maître ne peut pas enseigner à ses élèves l’essence de l’art. C’est pour cette raison que parmi les milliers d’élèves que j’ai eus, pas même dix pourront être de bons instructeurs. Le Hung kuen est très difficile à apprendre, et personne ne peut l’enseigner s’il n’est pas lui-même un expert. Il me faut au moins huit années pour l’apprendre convenablement à mes élèves, alors que beaucoup d’entre eux ne restent que deux ou trois ans.

D’autre part, j’ai honte de voir que des instruc­teurs étrangers, comme les Japonais et les Coréens, sont si dévoués. Ils enseignent et surveillent les exer­cices de leurs élèves pendant des heures tous les jours, alors que les instructeurs chinois laissent leurs élèves à eux-mêmes. Parfois, ils leur enseignent de nouvelles techniques, mais seulement lorsqu’ils en ont envie ».